A l'occasion des quais du polar, un concours de nouvelles est organisé.
Bon, le thème m'a pas spécialement inspiré (aéroport ...), mais j'ai tenté le coup.
Voilà ce que ça donne:
Fauchée en plein vol
« J’ai parcouru le monde depuis ma Grèce natale. A force de travailler, j’ai réussi à développer tout un concept, et beaucoup de collaborateurs m’aident à atteindre mes objectifs. Ma notoriété est devenue mondiale. Mais je me présenterai à vous plus tard, de toute façon, vous me connaissez déjà…
La seule chose qui m’intéresse pour l’heure, c’est cette femme. Mais n’ayez crainte, nous allons nous revoir. Bientôt. La voilà qui arrive, je vous laisse… »
A l’heure du langage SMS, on oublie l’essence des mots. Par conséquent, les hommes confondent grandir et vieillir, élever et éduquer. Ces codes ont bouleversé les modes de pensées, les lumières se sont éteintes, laissant le monde aveugle sur ce qu’est la vie.
Moi, je ne suis pas de ceux-là, je suis le contraire absolu. Je refuse qu’on m’impose d’être et de penser. Je refuse de rentrer dans cette case. Et si je ne fais pas partie du casier que les hommes ont créé, et bien c’est la société qui a une case de vide, pas moi !
Depuis l’aube, je regarde ces hommes courir après le temps. Ils arrivent en taxi, guettent le tableau horaires et la porte d’embarquement, achètent un journal, et fixent leurs montres. L’aéroport, quelle belle métaphore : ces gens en transit, les yeux rivés sur l’heure, qui pensent que plus tard sera toujours mieux que maintenant et qui pourtant refusent de vieillir.
Zoya avance vers moi. Sa démarche élancée et féminine donne un mouvement aérien à son trench blanc. Ses cheveux longs ondulent au gré de ses pas, sa blondeur souligne le caractère angélique et la douceur de ses traits. Elle passe devant moi sans me voir. Elle l’ignore, mais nous avons rendez-vous, un rendez-vous très important, crucial.
« Dernier appel pour les passagers du vol AF7843 à destination de Lyon St-Exupéry. Embarquement immédiat »
Zoya longe le couloir de l’avion, et s’installe près du hublot. A 41 ans, c’est la première fois qu’elle s’apprête à voler. Je m’installe à côté, en silence et la regarde, comme tous les jours depuis… je ne sais plus. Je crois bien que notre rencontre s’est faite le jour où elle est tombée de cheval. Elle devait avoir huit ou neuf ans. Passionnée d’équitation, elle avait voulu se prouver qu’elle n’avait pas besoin de surveillance et était partie en forêt. Un chien les avait attaqués, et une ruade jeta Zoya contre un arbre. On l’avait retrouvée deux heures plus tard, la tête en sang et dans le coma. Après quelques semaines d’hospitalisation, Zoya était ressortie avec une peur panique des chevaux, une fragilité crânienne et sans le savoir un nouvel ami : moi. Je me suis alors installé près de chez elle, guettant chacun de ses gestes.
Tapi dans l’ombre, elle ne me voyait pas, mais je suis sûr qu’elle sentait ma présence. Elle m’attendait.
L’avion décolle enfin. Les yeux grands ouverts sur la terre qui s’éloigne, Zoya se sent pousser des ailes. L’excitation est à son paroxysme. Je dois lui parler.
« C’est magnifique n’est ce pas ? »
Pas de réponse. Son corps ne bouge pas, mais son visage se ferme au son de ma voix.
Elle m’a reconnu ! Ses huit ans lui reviennent en mémoire. Le flash !
« Bonjour Zoya, ça faisait longtemps »
Sa respiration s’accélère, un peu puis de plus en plus. Ses yeux s’embuent, se plissent et ses lèvres dessinent un sourire crispé, entre rire et larme.
« Tu me reconnais Zoya ? »
Son visage s’empourpre, les veines se dessinent sur son front, son cou se tend. Sa respiration est de plus en plus intense, sifflante et son souffle brûlant.
Quelques passagers s’agitent. Quelque chose se passe. Quelques cris, beaucoup de mouvements. Ironie de l’humanité, où le malheur génère la fédération quand le bonheur suscite des jalousies.
Des hôtesses arrivent en urgence, « y a t’il un médecin parmi les passagers ».
Pas de réponses. Il est de toute façon trop tard.
L’avion atterrit à Lyon où attendent ambulances et pompiers. J’accompagne le corps de Zoya une dernière fois dans la lumière du jour. Elle est enfin mienne pour l’éternité.
Vous vous demandez sûrement comment j’ai fait ? Rien de bien difficile, c’est mon métier. Je suis le criminel en série par excellence.
On a accusé les hommes de nombreux crimes, les maladies sont montrées du doigt, et pourtant, c’est moi qui ai causé le plus de dégâts, en toute impunité.
A l’heure du langage SMS, on oublie l’essence des mots, du mot. Par conséquent, les hommes confondent grandir et vieillir, élever et éduquer, crimes et mort, vivre et Vivre. Ces codes ont bouleversé les modes de pensées, les lumières se sont éteintes, laissant le monde aveugle sur ce qu’est la vie, me laissant ainsi le champ libre pour agir à ma guise.
Car moi, je ne suis pas de ceux qui tuent, je suis bien plus. J’influe et impose d’être ou non.
N’oubliez jamais l’essence du Mot*.
Je me prénomme Azra’Eil. Je suis La Mort…
*Mot : Dieu de la mort dans la mythologie ougaritaine.
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J'aime beaucoup. Le texte est jolie, comme les images qu'il évoque, et la fin très poétique. Bonne chance pour le concours, les autres participants vont devoir être très très doués ...
RépondreSupprimerMerci mon Frédo. J'ai au moins gagné ces gentils mots...
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